| KOHL LE KOALA |
|
La journée de repos ne l?est pas tout à fait, ni pour les coureurs qui doivent se plier à tout un tas d?obligations dont celle d?aller rouler deux petites heures, ni pour les journalistes qui courent les hôtels des équipes à la veille de deux étapes cruciales.
Ainsi ma route m?a-t-elle mené jusqu?à l?hôtel Navize-Te, à Borgo San Dalmazzo, dans la lointaine périphérie de Cuneo. C?est là que l?équipe Gerolsteiner dormait, là aussi qu?elle avait programmé une conférence de presse, à une heure, soit dit en passant, où toutes les autres conférences de presse étaient prévues, du moins pour les formations des (toujours) candidats à la victoire finale. C?est ainsi que je me suis retrouvé un peu seul, bien qu?entouré de solides confrères germanophones, à faire plus amples connaissances avec Bernhard Kohl, deuxième du classement général, à 7?? de Fränk Schleck. Passé le moment de terrible solitude où l?on ne rit pas aux plaisanteries échangées dans la langue de G?the, je me suis attardé à observer l?étrange moineau autrichien, encouragé peut-être par le sifflement des oiseaux qui provenait de la porte entrouverte sur un extérieur généreusement ensoleillé.
Moineau, le terme lui convient bien, eu égard à des jambes qui ne paient pas de mine, beaucoup trop fines pour ne pas contrarier l?idée que l?on se fait d?un mollet de champion, surtout lorsqu?elles émergent comme ici d?un short un peu trop ample. Oui, en « civil », c?est cela qui m?a marqué chez Kohl, cette absence de gros reliefs sur ses deux principaux outils de travail. Kohl, en bon Autrichien, ne touche pas le vélo de l?hiver pour se consacrer au ski. Il aime le skating, cette technique du « pas de patineur » en ski de fond, mais n?en abuse pas le moins du monde pour ne pas « bodybuilder » ses jambes et les surcharger d?une musculature dont il n?a pas besoin. A l?inverse, c?est un forcené du ski-alpinisme, cet exercice qui consiste à gravir des sommets avec des skis assez semblables à des skis alpins traditionnels, à cette différence près que le talon du pied se bloque ou se débloque à volonté, et que la semelle du ski est dotée d?une peau de phoque antirecul et amovible. Là, ce ne sont que les muscles utiles au vélo qui travaillent, sans parler des effets bénéfiques d?un exercice en altitude. L?hiver dernier, Bernhard Kohl a consacré 40 jours à cette activité qui sied à merveille à ses 61 kilos pour 1m73. Dans l?entourage du coureur, tout le monde vante son sérieux, sa rigueur. Moi, à l?instant de la conférence de presse, - mais aussi lors des différentes occasions où il m?a été donné de l?observer - , c?est son calme qui m?impressionne. Il a même un côté « nounours » que l?on a envie de secouer un peu. Faut pas s?y fier. Sur un vélo, on le dit doté d?une détermination comparable à celle que mettent les koalas à ne pas être rayés de la planète. A ces derniers Kohl emprunte la lenteur à tourner la tête pour orienter son regard vers le journaliste qui l?interroge. Mais il ne manque pas d?humour dans ses réponses, dans un registre pince-sans-rire, il va de soi. Quand on lui demande si avec la disparition en fin d?année de l?équipe Gerolsteiner, il a reçu des offres d?autres équipes, il répond avec des faux-air de Snoopy : « Je ne suis que deuxième du Tour, je n?ai en possession que le maillot à pois. Dans ces conditions, vous comprenez bien que je n?intéresse pas grand monde? » Là-dessus, mon intérêt pour le bonhomme a décuplé. J?avais laissé passer une chance de m?intéresser de plus près au personnage après sa troisième place, en 2006, au Critérium du Dauphiné, mais cette fois, promis, je ne le lâche plus.
Voir la source Recommander (11) | Pages vues: 46
Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent laisser un commentaire. |
||||


Commenter


