LE BAGAGE DE CAVENDISH
noreply@blogspirit.com (Gilles Comte)  |  18.07.2008


Le bagage du cycliste renvoie aujourd?hui à une valise douteuse dans laquelle le coureur transporte ses produits interdits. On pense à celui de Moises Duenas, mis en examen pour «usage et détention de plantes et substances vénéneuses» après que des seringues, des aiguilles et des poches de transfusion aient été découvertes. A se demander où l?Espagnol, contrôlé positif à l?EPO, trouvait encore la place de glisser une ordinaire trousse de toilette !

Très longtemps, le bagage du cycliste était une métaphore qui servait à souligner l?importance de diversifier ses expériences et de ne pas se cantonner dans un type de pratique. C?est parce qu?un coureur choisit de se confronter aux rigueurs, pour ne pas dire aux risques, des courses flamandes en avril qu?il se sent à l?aise quand un peloton frotte en juillet. Souvenez-vous du pauvre Zülle, incapable de trouver la direction de la Belgique (en raison de sa myopie ?) et qui, dans le Tour 1999, a pris plusieurs minutes dans la vue dès l?amorce vendéenne de la course, victime du Passage du Gois (une voie étroite et glissante, de plusieurs kilomètres, accessible uniquement par marée basse) que tout le peloton attendait comme la tranchée d?Arenberg ou le Koppenberg. A Paris, le Suisse a fini deuxième, méditant peut-être sur le sens et l?intérêt de posséder un bon «bagage cycliste».

Ceci me conduit à saluer la quatrième victoire de Mark Cavendish, même si certains, autour de moi, s?interrogent déjà sur son autre bagage, celui qu?il dépose chaque jour à l?hôtel. Son bagage cycliste est, lui, bien connu, bien identifié. On peut y fouiller avec la curiosité gourmande d?un policier, et en extraire ses produits positifs à lui. Devant ma télé, en avril dernier, je l?ai vu devenir Champion du monde de l?Américaine à Manchester. C?est un récidiviste. Il l?avait déjà été trois ans plus tôt. Comme quoi la piste est un domaine qui lui tient à c?ur. Surtout, il y perfectionne ses qualités de sprinteur et développe une «sensibilité» pour l?exercice. La piste permet d?affiner son «contact» avec l?adversaire dans ce jeu permanent des corps qui se frôlent, se cherchent, s?intimident ou se provoquent. Elle permet aussi de «caler» un effort par rapport à des rivaux et non par rapport à un «train» d?équipiers, dans le schéma confortable élaboré au c?ur des années 90. Elle permet enfin d?entrenir un sens de la trajectoire fluide car, faut-il le rappeler, le vélo de pistard ne possède pas de freins. Les coups de patins, Mark Cavendish ne connaît pas !

Mark Cavandish a surtout appris, et entretenu, sur piste, l?art de se «compacter» dans l?effort. En plein sprint, il ne bouge pas des épaules et de la tête, grâce à un excellent gainage de la partie supérieure du corps (Plus il est gainé, plus il est compact ; plus il se compacte, plus il se gaine : c?est le cercle vertueux du sprinteur !). Il ajoute à cela, et c?était très visible aujourd?hui, une position très avancée, avec des épaules bien en amont de la ligne du cintre. Dans Vélo magazine, Frédéric Grappe, notre spécialiste de la physiologie et de la biomécanique de l?effort, le comparait à un sprinteur à pied «qui pousse sur les starting-blocks» et allait plus loin dans son analyse : «Il optimise ainsi l?alignement de la chaine musculaire des membres inférieurs pour que la force exercée sur les pédales soit maximale.»
Ainsi donc, nous pouvons conclure ceci : quand Mark Cavendish sort son bagage, c?est les autres qui prennent une valise !
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